Communiqué à propos des Résultats de l’enquête sur « la violence subie par les hommes »

En marge des résultats de la 2ème Enquête nationale sur les violences faites aux femmes et aux filles réalisée en 2019, le Haut-commissariat au Plan (HCP) a publié, le 12 avril 2021, une première note d’information au sujet de l’ampleur de la violence subie par la gente masculine, sur la base d’un échantillon de 3000 hommes et jeunes hommes (de 15 à 74 ans) ; il a également diffusé, le mercredi 21 avril, une deuxième note d’information présentant des statistiques comparatives concernant les manifestations et la prévalence des violences subies par les femmes et par les hommes.

L’Observatoire Ouyoune Nissaiya, qui a contribué activement à la réalisation de la 2ème Enquête nationale sur les violences faites aux femmes et aux filles en 2019, a suivi avec grande inquiétude les retombées de ces publications et du traitement « tendancieux » de ces données par certains médias du pays. L’Observatoire a suivi également les commentaires qui ont accompagné les données en question, diffusant un discours abusif, allant à l’encontre du but initial, à savoir : fournir des informations aidant à comprendre la violence basée sur le genre, et inciter les décideurs à instaurer des politiques publiques adéquates pour prévenir et lutter contre la violence.

L’Observatoire dénonce fermement la tendance accompagnant la publication, par le HCP, des informations sur la violence subie par les hommes en l’assimilant à la violence basée sur le genre social, excluant tout cadre conceptuel et méthodique ayant justifié la considération des hommes, comme groupe recensé à part entière au cours de la 2ème enquête nationale sur la violence contre les femmes et les filles de 2019.

L’Observatoire tient à souligner, que le choix d’étendre l’espace de la dite enquête nationale sur la violence « faite aux femmes » pour inclure les hommes, ne résulte pas, à notre connaissance, de concertation avec la société civile et/ou tout autre acteur institutionnel concerné par les politiques publiques et la génération de la connaissance, notamment en l’absence d’explications quant à sa pertinence dans le contexte marocain actuel.

Par conséquent, l’Observatoire Ouyoune Nissaiya vise à travers ce communiqué, à donner les informations, observations et clarifications préliminaires suivantes :

  1. La participation de l’Observatoire à la 2ème enquête nationale sur la violence contre les femmes de 2019, s’inscrit dans le cadre d’un partenariat contractuel avec ONU Femmes, dont les fondements sont la convergence des objectifs, un cadre référentiel commun précisant la définition et l’approche de la violence fondée sur le genre. L’Observatoire est en effet conscient de l’importance de la participation de la société civile aux enquêtes nationales sur la violence contre les femmes, dans la mesure où cette participation est un indicateur international essentiel que les institutions statistiques nationales sont invitées à prendre en compte, conformément aux directives onusiennes.
  2. Tout en reconnaissant que le HCP est une institution nationale spécialisée, indépendante et jouissant de la crédibilité à l’échelle nationale et internationale, Les associations contribuant à la 2ème enquête nationale sur la violence contre les femmes, soulignent qu’elles n’ont pas pris part aux étapes préliminaires de l’enquête nationale. Elles n’ont pas été invitées à rencontres consultatives sur les axes de l’enquête et son protocole méthodologique, ses orientations et les catégories cibles, tel que le montre les expériences menées dans d’autres pays. Par ailleurs, ces associations n’ont pas connaissance des outils de recherche adoptés pour cette étude et n’ont pas été associées, d’une manière ou une autre, au processus de traitement des données.
  3. Si le but d’étendre le champ de la 2ème enquête nationale sur la violence faite aux femmes en intégrant les hommes, est de permettre une meilleure appréhension de la violence dans la perspective genre, les résultats diffusés concernant l’enquête de terrain réalisée par le HCP à propos d’un échantillon d’hommes, n’étant pas accompagnés d’une présentation du cadre conceptuel et méthodologique adopté, ont engendré la confusion et diffusion de données susceptibles d’interprétations contraires à l’objectif déclaré du HCP.
  4. La violence faite aux femmes, en tant que genre social et la violence subie par les hommes en tant qu’individus dans des contextes distincts et à des âges différents, ne sont nullement similaires, comme l’insinue le traitement des chiffres généralisés sur l’ampleur de la violence et ses manifestations. Or, la différence ne peut pas être mesurée par des statistiques de prévalence ou de typologie, mais plutôt par des données concernant les contextes, les circonstances, et les conséquences des violences. La définition de la violence fondée sur le genre, dans le référentiel international, et telle que le stipule, dans son préambule, le rapport final de la 2ème enquête nationale publié par le HCP, ne correspond aucunement aux faits de violence subis, en général, par les individus dans la société et dont les hommes en sont victimes tout au cours de leur vie hors des relations de genre.

Au vu de ces observations préliminaires, l’Observatoire Ouyoune Nissaiya appelle à :

  • Entamer un débat scientifique et serein sur le cadre conceptuel et méthodologique des enquêtes concernant les violences et les rapports de genre, ainsi que sur les résultats de la 2ème enquête nationale du HCP (2019) et sur les représentations de la population cible de l’enquête (femmes et hommes), sans omettre les enquêteurs et enquêtrices, chargés de la collecte d’informations ;
  • Consolider l’approche participative dans la réalisation des enquêtes relatives à la violence fondée sur le genre par le HCP, par la systématisation de la consultation avec la société civile et les institutions académiques spécialisées, en instaurant un protocole propre aux recherches nationales relatives à la violence fondée sur le genre, conformément aux normes scientifiques et aux

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